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Des élastiques entourés autour de nos bras et de nos jambes à en faire apparaitre des cercles de chair rosie : nous faisions cela enfants. Jeu, exploration de son corps, et peut-être plaisir inavouable sauf dans le cabinet d’un psychanalyste, ce meurtrissement du corps avait donc l’excuse de la jeunesse.

Alors que dire quand ce sont des adultes qui s’infligent ces ébouriffantes oppressions de la peau du visage que vous allez voir en photos. A l’horrible défiguration de la face, s’associe au moins dans la perception une douleur inévitable qui vient de cette contrainte inouïe. Et d’ailleurs ces étranges masques s’appellent des corsets. Du nom même de cet objet qui devait maintenir la taille des femmes et qui par le fait même de son oppression semblait être la concrétisation charnelle du sort négatif qui leur était fait.

Monstration évidente de ce phénomène qui prend de l’ampleur et que les scientifiques appellent l’anthropotechnie, on a évidemment bien entendu envie de faire des rapprochements avec certaines coutumes de scarifications ethniques au moins pour relever le niveau. Car on plongerait la dans les racines du rite immémorial. Sauf que là, ces visages dont les formes se bombent au point qu’ils deviennent des équivalents de monstres et confinent pour certains modèles à de l’animalité ont-ils autre chose en tête qu’un objectif de publicité ?

C’est la promotion de la photo qui impressionne et quoi de plus impressionnant qu’un visage impressionnant. Faire impression, c’est-à-dire au sens littéral du terme, publier sur un support apparent et accessible à la vue une image. L’extraordinaire qui doit se démarquer de ce marasme moderne de l’infobésité qui nous vient de la pollution des réseaux sociaux.

Faire plus fort, plus remarquable pour être retenu et être partagé. A l’ordinaire l’espiègle jeune mamie qui boude ses rides et contacte son dermatologue qualifié à Nantes ou un chirurgien esthétique qualifié pour répondre à ses demandes a pour objectif que ces traces du temps ne soient pas comme un champ de labour et du coup donne du crédit à une idée de la beauté (Idée de la beauté Baudelairienne j’allais dire) qui lui tient à coeur et qui ressemble grandement à un impératif moral. Celui qui interdit le laisser-aller. Et l’on pourrait en dire autant de toutes les opérations que certains féminins appellent pudiquement cosmétiques.

Et il y aura à côté de cela une envie de laideur. Pas la laideur hugolienne (le beau c’est le laid); rien d’un romantisme naissant s’épanouissant dans le sombre et le nostalgique. Ou alors quoi ? En témoignage de la crise, d’un siècle affligeant. J’en doute.